02.08.2015, 18:56

Le Conseil fédéral dénonce la «razzia» du fisc italien

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La Suisse s'indigne de l'offensive menée par la police financière italienne mardi contre les banques suisses. Elle l'a fait savoir de vive voix à l'ambassadeur d'Italie à Berne, convoqué pour l'occasion. Les partis et l'Association suisse des banquiers se montrent eux aussi outrés.

Lors de l'entretien hier après-midi avec l'ambassadeur Giuseppe Deodato, la Suisse a «exprimé son étonnement envers la vague de contrôles fiscaux menés mardi en Italie», a indiqué le Département fédéral des affaires étrangères.

Elle s'étonne que ces visites inopinées aient visé en tout premier lieu des établissements suisses. «La Suisse a tenu à faire valoir à quel point et dans quel cadre elle coopère avec la communauté internationale, les Etats membres de l'UE et en particulier l'Italie dans les affaires fiscales», ajoute le texte. De son côté, l'ambassadeur italien, interrogé dans l'émission «Forum» de la RSR a souligné que les autorités avaient agi dans le cadre parfaitement légal et qu'il ne s'agissait en rien d'un geste inamical envers la Suisse.

Le fisc italien a contrôlé mardi 76 agences de banques suisses ou établissements bancaires liés à des intermédiaires suisses dans le nord de l'Italie. Les visites ont eu lieu dans une vingtaine de villes, notamment à Milan, Rome, Turin et Florence. Les autorités italiennes entendaient vérifier si ces établissements financiers respectent «les obligations de communication» des opérations bancaires effectuées par leurs clients.

Ces contrôles interviennent alors qu'une amnistie sur les biens cachés à l'étranger mise en place par le gouvernement Berlusconi est entrée en vigueur mi-septembre. Le Conseil fédéral a débattu hier de cette attaque ciblée. La situation «nous inquiète», a souligné le ministre de l'Intérieur Pascal Couchepin devant les médias, parlant de «razzia». Par ailleurs, le président de la Confédération et ministre des Finances Hans-Rudolf Merz est en contact avec les autorités tessinoises. Le canton a demandé le soutien de Berne dans cette affaire, s'indignant des méthodes utilisées par l'Italie pour traquer l'évasion fiscale.

Le chef du DFF a indiqué que des mesures de rétorsion à l'égard de la Péninsule n'étaient pas à l'agenda. Mais le Conseil fédéral ne restera pas inactif et réfléchit à des solutions pour défendre la place financière du Tessin, a-t-il déclaré à la «Tagesschau» de la télévision alémanique SF.

L'opération de mardi a soulevé une vague d'irritation en Suisse. Du côté des partis, le président du PDC Christophe Darbellay estime que la convocation de l'ambassadeur d'Italie était la première mesure à prendre.

Le dispositif mis en place par les autorités italiennes donne a priori l'impression qu'on assiste à une nouvelle attaque coordonnée contre les banques suisses, selon le Valaisan. «Il ne faut pas céder». Selon lui, «une visite diplomatique à Rome ne serait pas inutile».

Le président du PRD Fulvio Pelli observe pour sa part qu'en plaçant les établissements helvétiques dans leur ligne de mire, l'Italie a eu une attitude largement discriminatoire.

Quant à l'UDC, elle trouve que la réaction du Conseil fédéral est tardive et minimaliste. L'attitude de l'Italie envers la Suisse prend une tournure «de plus en plus grotesque» et «outrageante», écrit le parti.

Au PS, le président Christian Levrat formule une opinion nuancée. «L'action de l'Etat italien est justifiée s'il dispose d'indices concrets d'actes illégaux. Elle est difficilement acceptable s'il s'agit d'une pure manœuvre d'intimidation», a-t-il dit.

L'Association suisse des banquiers a également qualifié l'attitude de Rome de discriminatoire. Selon elle, ces contrôles font partie d'une stratégie pour «renforcer la pression sur la place financière suisse». /ats


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