31.12.2010, 11:57

Onze années à la tête de la Maison d'ailleurs

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Par BERNARD LÉCHOT / SWISSINFO.CH

Après onze ans passés à sa tête, Patrick J. Gyger quitte la Maison d'ailleurs à Yverdon-les-Bains pour prendre les rênes du Lieu Unique à Nantes. Rencontre avec un historien passionné par le futur, qui a su asseoir la crédibilité et le rayonnement d'un lieu pourtant improbable…

Patrick J. Gyger, pour vous et la Maison d'ailleurs, c'est la fin d'un cycle entamé en 1999. Comment vous sentez-vous?

A la fois enthousiaste du nouveau défi qui m'attend, et avec un pincement au cœur en laissant la Maison d'ailleurs, puisque c'est un lieu pour lequel j'ai beaucoup donné et qui m'a beaucoup donné en retour. Mais j'ai le sentiment du devoir accompli: je laisse la Maison d'ailleurs dans un très bon état, on vient de terminer la rénovation complète des lieux, financièrement c'est solide, il y a des projets signés pour les deux à trois prochaines années, dont un gros projet sur le jeu vidéo avec la Fondation Pro Helvetia.

Pour moi, l'une de mes tâches était de réconcilier la ville avec ce musée, qui avait connu des déboires importants pendant de nombreuses années. Aujourd'hui, les témoignages de sympathie qui me parviennent me montrent que c'est réussi.

«Musée de la science-fiction, de l'utopie et des voyages extraordinaires». Quelles ont été selon vous les expositions qui correspondaient idéalement à cette définition?

Je suis content d'avoir présenté des choses étroitement liées à la science-fiction, comme «Dinotopia» de James Gurney. Mais en fait, ce qui m'a le plus intéressé, ce sont les expositions un peu en marge, celles où l'on se permet des choses qui ne correspondent pas à l'idée que les gens se font de la science-fiction, et de montrer que la perspective peut être très large. L'idée de consacrer des expositions aux Suisses Plonk & Replonk ou à l'art robotique de l'Américain Ken Rinaldo, cela ne correspond pas vraiment à cette image d'un phénomène lié aux années 1950, ou à la BD.

Evénement majeur, la création de l'Espace Jules Verne à la suite du don du collectionneur Jean-Michel Margot…

Jean-Michel Margot est l'ami qui m'a fait découvrir la Maison d'ailleurs à la fin des années 1980. C'est donc grâce à lui que je suis devenu directeur de ce musée, puisqu'il a suscité cet intérêt chez moi! Ensuite, je l'ai un peu courtisé pour qu'il nous laisse sa collection, ce qu'il a fait en 2002, considérant que le musée était désormais suffisamment en position de force pour l'accueillir. Suite au projet de transformation du «Nuage» d'Expo.02 qui ne s'est pas concrétisé, on a réussi à motiver la Ville à nous laisser cette très belle salle de l'ancien casino, qui date de 1840. Jusqu'en 2008, on a beaucoup travaillé à la rénovation de cette salle, devenue Espace Jules Verne.

Une caractéristique de votre direction aura été de tisser des liens avec de nombreuses institutions, en Suisse et à l'étranger. Ce «réseau», un élément essentiel de votre travail?

J'ai toujours voulu travailler en réseau. On a collaboré avec l'ESA, mais aussi avec les universités, les foires commerciales, les écoles, pour faire rayonner ce musée. On fait ici deux à trois expositions par année, soit quelques dizaines de milliers de visiteurs, mais la Maison d'ailleurs, c'est aussi des centaines de milliers de visiteurs à Travers les expositions qu'on a présenté à l'étranger, au Japon, en Ukraine, en Allemagne, partout ou presque. Mon idée a toujours été que la Maison d'ailleurs soit un ambassadeur d'Yverdon-les-Bains et de la Suisse. /BLE

Le «parrainage» de Jules Verne

Qu'a apporté ce «parrainage» de Jules Verne à la Maison d'ailleurs?

Ce nom est très utile pour attirer le grand public, mais aussi pour faire comprendre que la science-fiction a des racines déjà anciennes - même si elles sont plus anciennes que Jules Verne, bien sûr - et que tout le monde a déjà eu un contact avec ce genre: «Vingt mille lieues sous les mers», «De la Terre à la Lune»… L'universalité de l'auteur crée des ponts, et a ouvert des collaborations avec le Musée Jules Verne à Nantes, avec Amiens, le monde des montres, des machines… Il y a derrière ce nom un univers très fort dans lequel on a pu inscrire la Maison d'ailleurs.

Jules Verne est un espace tourné vers le passé. La transformation du fameux nuage d'Expo.02 en «Espace d'ailleurs», selon votre projet appuyé par l'Agence spatiale européenne (ESA), aurait été tournée vers l'avenir…

On a lancé ce projet en nous disant que cela valait la peine de le faire, mais qu'il y avait très peu de chances que cela se concrétise. Cela a été un combat à la fois passionnant et difficile, mais on a quand même trouvé près de huit millions, en fin de compte! Et le fait de parvenir à un projet réalisable, amené jusqu'au stade des urnes, était déjà une victoire pour moi.

Maintenant, même si on n'y croyait pas totalement, il reste un regret, puisque cet «Espace d'ailleurs» aurait effectivement positionné notre musée vers le futur, les nouvelles technologies, et aurait assis notre collaboration avec l'ESA. Collaboration qu'on a perdu suite à cela: quand on vous propose deux millions d'euros et qu'on doit refuser cet argent, il faut en assumer les conséquences! Il n'y a pas eu à l'époque la conscience que le geste architectural de cette structure était hors du commun, et qu'on allait positionner la ville, en Suisse romande et en Europe, de façon extraordinaire. Alors que les villes sont en compétition, qu'Yverdon doit se battre pour ne pas devenir une cité-dortoir, ce projet était pour la ville le projet de la décennie, peut-être le projet du siècle. /ble


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