02.08.2015, 19:45

Comment Berlusconi vampirise l'Italie

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Par RAPHAËL CHEVALLEY

Réalisé par l'humoriste Sabrina Guzzanti, «Draquila» dénonce frontalement l'instrumentalisation politique du tremblement de terre de L'Aquila par Silvio Berlusconi et explique de façon édifiante comment le président italien a vampirisé tout un pays.

Sabrina Guzzanti est une figure satirique qui fait rire nombre d'Italiens. Virée de la télévision, elle a choisi le cinéma pour détailler les frasques du Cavaliere. Dans «Viva Zapatero!» (2005), elle sondait les atteintes à la liberté d'expression. Aujourd'hui, elle dévoile les mécanismes d'un système autoritaire…

Le 6 avril 2009, à L'Aquila dans les Abruzzes, un tremblement de terre fait 308 victimes. Berlusconi, dont l'image est ternie à cause du scandale des escort girls dans sa villa, en profite pour redorer son blason. Faisant d'une pierre deux coups, il s'impose comme le sauveur des sans-abri et enrichit les industriels, voire la mafia, via les deniers publics. A partir de cette catastrophe, «Draquila» révèle un président raciste et homophobe, qui n'a pas seulement modifié les lois pour éviter les attaques en justice, mais aussi pour se donner les moyens d'agir en tyran!

Alternant les interviews d'une population désinformée avec les archives de la TV, Guzzanti étaie son argumentation avec humour et pudeur. Rythmant son film de papiers découpés animés sur une Musique techno, elle donne une forme ludique à son brûlot: avec son ami Guido Bertolaso, qu'il a placé à la tête de la protection civile en changeant dans la constitution le terme «catastrophe» par «événement majeur», Silvio Berlusconi applique l'état d'urgence et ses propres lois unilatérales en toute circonstance - des ordures de Naples aux processions du Vatican, etc. Dès lors, à L'Aquila, les membres de la PC enferment les habitants dans des camps, se réservant un juteux marché immobilier. Une escroquerie professionnelle, dont Berlusconi a le secret depuis qu'il a commencé dans la construction, alors qu'il avait encore de vrais cheveux.

Sélectionné à Cannes en 2010, «Draquila» n'a pas reçu de Palme d'or «politique», comme «Fahrenheit 9/11» de Michael Moore, mais a fait scandale suite à l'annulation de la visite du ministre italien de la Culture. Cependant, ce film mérite une large audience, parce que, du point de vue de Guzzanti, l'Italie est une dictature. /RPH

La Chaux-de-Fonds, ABC; 1h39


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