02.08.2015, 18:56

Les 50 ans d'Astérix vus par les archéologues

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Par JOCELYN ROCHAT

Voici un demi-siècle que le petit Gaulois moustachu façonne notre vision du monde celtique. Cinq décennies durant lesquelles les archéologues ont réécrit l'histoire de nos ancêtres. Démêlons le vrai du faux.

Il est tout petit, alors que les guerriers celtes impressionnaient les Romains par leur forte stature. Il ferraille avec une lame miniature, quand les vrais Gaulois combattaient les légionnaires de César avec des épées nettement plus longues que celle des Italiens.

Il chasse dans la forêt pour se nourrir, alors que les Celtes de son époque vivaient des produits de l'agriculture, et mangeaient plus de céréales que de viande d'élevage. Et presque jamais de sangliers.

A bien des égards, Astérix ne ressemble plus du tout aux vrais Gaulois que décrivent les archéologues d'aujourd'hui. Et pourtant, depuis près de cinquante ans, ce petit personnage sympathique est devenu l'incarnation du guerrier celte. Le jubilé est d'ailleurs célébré avec la sortie d'un nouvel album (réd: à découvrir dans notre édition de samedi) constitué d'histoires brèves, qui viendra rappeler ce 29 octobre 1959, quand un petit moustachu, dopé à la potion magique, a distribué ses premières baffes dans le magazine «Pilote».

Depuis un demi-siècle, Astérix marque les imaginaires des enfants et contribue à maintenir des clichés vieillis dans les esprits de générations d'élèves davantage influencés par les cases de la célèbre BD que par les plus récentes publications savantes. Et pourtant, les archéologues de l'Université de Lausanne (Unil) ne lui en veulent pas.

«Les albums d'Astérix, surtout ceux de l'époque où Goscinny et Uderzo travaillaient ensemble, sont formidables, même s'il ne faut pas les lire comme un livre d'histoire», apprécie Thierry Luginbühl, professeur à l'Unil, où il dirige l'institut d'archéologie et des sciences de l'Antiquité. «Nous sommes très reconnaissants aux auteurs d'avoir inventé des personnages aussi attachants, et d'avoir créé des images qui popularisent cet univers. Car ces images nous donnent un bon point de départ pour expliquer ce qu'était vraiment le monde celtique.»

Précision qui a son importance: Goscinny et Uderzo n'ont pas réinventé un univers celte à leur propre sauce. Ils se sont beaucoup documentés, et ont notamment lu les auteurs antiques qui nous parlent des Gaulois. A Jules César, ils ont emprunté l'idée que les Belges étaient les plus courageux des Gaulois. Avec Diodore de Sicile, ils ont appris que les Celtes portaient de longues moustaches qui leur couvraient la bouche. Et Pline leur a fourni le titre d'un album, «La serpe d'or», avec son récit de la cueillette du gui par les druides. /JRO-La Liberté

«L'archéologie a fait voler en éclats les clichés»

Si les archéologues d'aujourd'hui lisent toujours César, Diodore et Pline, ils ont appris à ne plus prendre ces témoignages au pied de la lettre. «Les recherches archéologiques de ces dernières décennies nous ont montré que les textes antiques proposent un point de vue biaisé sur les Gaulois: celui de classiques, qu'ils soient Grecs ou Romains, qui se considèrent comme civilisés et qui observent des Celtes comme on regarderait des sauvages, en s'étonnant de leurs mœurs qu'ils trouvent étranges et qu'ils ne comprennent souvent pas.

Ils véhiculent encore des poncifs, et décrivent parfois des coutumes qui avaient cours quelques siècles plus tôt, mais qui ont disparu à l'époque de César», explique Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d'archéologie et d'histoire, et auteur d'une thèse de doctorat à l'Unil consacrée au monde celte.

L'archéologie a fait voler en éclats plusieurs de ces clichés. A commencer par cette idée que les Gaulois habitaient de petits villages dans la forêt. «Comme ils construisaient en bois, les Celtes nous ont laissé des vestiges moins spectaculaires que les Egyptiens, les Grecs et les Romains qui bâtissaient en pierre. Mais ça ne veut pas dire qu'ils habitaient des cabanes dans la forêt. Ils construisaient des maisons, des bâtiments publics et même des villes», précise Gilbert Kaenel. «Ils n'étaient pas moins civilisés, ils ont simplement fait des choix différents de ceux des Romains et des Grecs qui nous parlent d'eux», poursuit Gilbert Kaenel.

Notre (re)découverte des druides montre également le chemin effectué récemment par les archéologues. Si l'on en croit Goscinny et Uderzo, largement influencés par Pline, les druides comme Panoramix pratiquaient une sorte de culte de la nature, récoltant des plantes et cueillant du gui à la serpe. Quand ils ne partaient pas en pèlerinage dans la forêt des Carnutes pour de grandes cérémonies.

«La découverte de nombreux lieux de culte montre qu'il n'en était rien», corrige Gilbert Kaenel. «Comme les autres peuples de l'époque, les Gaulois avaient des sanctuaires dans les villes ou les villages pour abriter leurs cérémonies. Et leur religion était bien moins naturiste qu'on pouvait le croire, il y a encore cinquante ans, même si des lieux sacrés existent aussi dans la nature, à l'instar de la colline du Mormont, près d'Eclépens/La Sarraz (VD), qui est en cours d'exploitation.» Cinquante ans. C'est bien là le problème. Les aventures d'Astérix nous montrent les Gaulois, tels que les maîtres d'école et les savants les imaginaient en 1959. Autant profiter de cet anniversaire pour découvrir à quoi ressemblaient vraiment nos ancêtres les Gaulois. Allez savoir. /jro


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