02.08.2015, 19:45

«Il ne faut pas freiner la reprise en coupant dans les dépenses»

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Par DAVOS SOPHIE GAITZSCH

Rendez-vous annuel des puissants de la politique et de l'économie, le Forum économique mondial (WEF) de Davos a fermé ses portes hier après quatre jours d'intense activité, marquée par la molle croissance des économies développées et les craintes sur l'euro et les dettes publiques. Analyse.

Les couloirs feutrés du Centre des congrès de Davos ont retrouvé le calme hier matin. Les entrepreneurs sont confiants. Ils seraient même aussi optimistes qu'avant la crise et de voir leurs chiffres d'affaires croître cette année. Le débat d'ouverture consacré à la «nouvelle réalité économique» avait vite donné le ton: «Le verre est à moitié plein, mais il est aussi à moitié vide», a lancé le professeur d'économie de l'Université de New York, Nouriel Roubini. D'un côté, les pays émergents se portent bien. Si bien que les débats ne s'y sont pas vraiment arrêtés, hormis pour quelques commentaires admiratifs. Tout au plus s'est-on inquiété d'une surchauffe de l'économie et d'une inflation trop élevée.

Mais comme l'a souligné l'économiste indien Montek Singh Ahluwalia, dont le pays affiche une croissance de 8,5% et une inflation au même niveau, «la situation est maîtrisable». Si peu d'espace leur a été réservé sur le podium, l'importance des nouveaux géants que sont le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (Bric) n'a pas fait de doute. Dans les allées de la manifestation, sur les panneaux publicitaires des rues davosiennes ou encore dans les cocktails des hôtels de la station grisonne, impossible de passer à côté de la venue en force de ces représentants des puissances économiques montantes.

C'est évidemment l'autre côté, celui du «verre à moitié vide», de l'Europe, des Etats-Unis et du Japon, économies développées confrontées à une croissance anémique et continuant de subir les soubresauts de la crise, qui a mobilisé les discussions avec un défilé de chefs d'Etats et de gouvernements. Après une année de tous les dangers pour l'Union européenne, marquée par le sauvetage de la Grèce et de l'Irlande et les craintes persistantes de voir la crise s'étendre à d'autres pays de la zone euro, le problème de la dette publique a été identifié par la plupart des intervenants comme principale menace pour la prospérité.

David Cameron a insisté sur la nécessité de se débarrasser du «spectre de la dette», le premier ministre britannique plaidant pour un régime d'austérité. La chancelière allemande Angela Merkel a elle demandé plus de coopération politique dans l'Union européenne pour lutter contre le phénomène. A contre-courant des dirigeants européens, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a admis que la dette de son pays n'était pas tenable à long terme. «Mais il faut faire attention de ne pas abîmer la reprise en coupant dans les dépenses trop rapidement. Il faut une croissance solide avant de pouvoir s'attaquer au problème», a-t-il déclaré.

La question de la survie de la monnaie unique a également été au centre des préoccupations. «Jamais nous ne laisserons tomber l'euro. L'euro, c'est l'Europe. Et l'Europe, c'est 60 ans de paix. Ceux qui imaginent que nous pouvons l'abandonner ne comprennent rien à la psychologie européenne», a insisté le président français Nicolas Sarkozy, rejoint par Angela Merkel. Au fil des débats, seul un point a semblé faire l'unanimité. Dans un monde changeant, caractérisé par un glissement du pouvoir, la pénurie des matières premières, la hausse des inégalités, l'instabilité politique et les changements technologiques, il faut un nouveau cadre international.

Le besoin de «normes communes pour une nouvelle réalité», thème choisi par le patron du WEF Klaus Schwab pour l'édition 2011, fait donc l'unanimité. Mais au final, et à l'heure d'un multilatéralisme en perte de vitesse, une question demeure: lesquelles? /SGA-ats

La Suisse a profité du Forum pour se profiler sur le plan mondial

La Suisse a profité du Forum économique mondial de Davos pour lancer les négociations sur un accord de libre-échange avec la Chine. La stratégie de miser sur les pays émergents semble judicieuse alors que se dessine le nouvel équilibre économique mondial.

En donnant le coup d'envoi des négociations vendredi en marge du WEF, la Suisse tente de tirer son épingle du jeu dans ce nouveau rapport de force, marqué par l'influence grandissante de la Chine et de l'Inde. Les milieux économiques helvétiques n'ont d'ailleurs pas caché leur intérêt à l'avancement du dossier. Les négociations, amorcées depuis plusieurs années, s'annoncent toutefois longues et difficiles. Le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann s'est fixé comme objectif de parvenir à un accord d'ici deux ans.

Le conseiller fédéral et le ministre chinois du commerce Chen Deming se sont dits confiants lors de la signature du mémorandum d'entente. Selon Johann Schneider-Ammann, les travaux préparatoires ont fixé un cadre clair pour les négociations. Une étude de faisabilité a évalué que le volume des échanges entre la Suisse et la deuxième puissance économique mondiale pourrait augmenter de 50% environ. Les négociations porteront sur de nombreux domaines. Outre le commerce de biens et services, la propriété intellectuelle, la promotion des investissements et le développement durable font partie du paquet. L'industrie des machines, la pharma, la chimie mais également les services financiers pourraient ainsi voir leur accès à l'immense marché chinois grandement facilité.

En cas d'accord, les entreprises helvétiques jouiront d'un avantage comparatif considérable par rapport à d'autres concurrents comme les Etats-Unis ou l'Union européenne. La Suisse a l'occasion de se profiler en précurseur, puisque la Chine n'a encore aucun accord de libre-échange avec un pays européen. Et même à Travers le monde, peu de pays disposent d'un tel accord avec l'Empire du Milieu. La Suisse se montre très active sur le front du libre-échange avec les pays émergents. Des négociations sont notamment en cours avec l'Inde, la Russie et la Thaïlande, tandis qu'elles sont en phase préparatoire avec l'Indonésie. Les mesures visant une plus grande ouverture des marchés d'exportation jouent un rôle central dans la politique du Conseil fédéral. En 2009, la Suisse avait déjà brûlé la politesse à l'Union européenne en signant un accord de libre-échange avec le Japon.

Au-delà des pourparlers avec la Chine, le WEF s'est affirmé une nouvelle fois comme un rendez-vous incontournable pour le Conseil fédéral. Le grand raout économique reste une opportunité en or pour les membres du gouvernement de rencontrer des personnalités politiques de haut rang en dehors du cadre diplomatique habituel.

Les quatre conseillers fédéraux sur place, soit la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, Johann Schneider-Ammann, Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf, ont multiplié les entretiens informels en l'espace de quelques jours, permettant de passer en revue un large spectre de sujets.

Contrairement aux années précédentes, la Suisse n'avait aucun différend diplomatique urgent à régler dans la station grisonne. L'affaire des volées données chez HSBC en 2010 et la crise avec la Libye en 2009 avaient occupé le haut de l'affiche, sans toutefois aboutir à des résultats probants.

Davos /Alexandre Beuchat-ats

Des échauffourées se sont produites à Davos entre police et manifestants

Des échauffourées ont émaillé la manifestation anti-WEF organisée samedi après-midi à Davos. La police a tiré des balles en caoutchouc et utilisé des canons à eau, faisant au moins un blessé léger. Quelque 120 personnes ont pris part à la manifestation. Celle-ci s'est toutefois déroulée en partie pacifiquement. /ats

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