18.09.2019, 17:00

Eclairage: «Médiatisation du suicide: restons prudents»

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Eclairage: «Médiatisation du suicide: restons prudents»

Prévention Nos journalistes mettent en perspective des sujets d’actualité. Aujourd’hui, Eric Lecluyse, corédacteur en chef, s’interroge sur le rôle des médias. Comment les journalistes peuvent-ils parler de manière responsable des cas de suicide? En évitant le sensationnalisme et en pensant aux personnes vulnérables qui les lisent.

Nous avons reçu à la rédaction d’«ArcInfo» un message du service de la santé publique du Canton de Neuchâtel au sujet de la médiatisation du suicide. «La manière dont le suicide est évoqué dans les médias peut avoir un impact, positif ou négatif, sur la prévention», y est-il rappelé. Que pouvons-nous faire, journalistes, pour en parler de manière plus responsable?

Car c’est un fait: la médiatisation peut entraîner une augmentation des suicides, ce qu’on appelle «l’effet Werther», du nom de l’œuvre de Goethe.

L’importance des mots

«Ce n’est pas parler du suicide qui est problématique, mais la façon d’en parler», résume Léonore Dupanloup, chargée de la prévention médias pour l’association Stop suicide. «Informer, c’est aussi déconstruire les idées reçues. Beaucoup de gens croient que les personnes qui pensent au suicide veulent réellement mourir, mais c’est faux, psychiatres et psychologues ont montré qu’une crise suicidaire n’est pas une volonté de mourir mais d’arrêter la souffrance.»

Que pouvons-nous faire, journalistes, pour parler du suicide de manière plus responsable?

Le choix du vocabulaire est crucial. L’expression «Se donner la mort», dans le registre «romantique», doit être évitée, «car elle donne l’impression qu’il y a une fatalité dans le suicide, alors qu’on peut trouver des solutions pour faire passer la crise suicidaire».

C’est encore pire quand la méthode du suicide est détaillée. «Une personne en crise suicidaire commence à imaginer une manière de se suicider. Qu’on le veuille ou non, présenter une méthode donne des informations qui peuvent aller dans ce sens. Il faut être extrêmement attentif», insiste Léonore Dupanloup.

«Papageno», l’effet «protecteur»

En revanche, «une information responsable permet (…) d’encourager les personnes vulnérables à avoir recours à de l’aide», indique un rapport de l’OMS. «La publication de témoignages de personnes parvenues à surmonter une situation de crise grâce à des aides (imitation positive) peut renforcer les facteurs de protection ou les obstacles au suicide et contribue ainsi à sa prévention.»

Cet «effet protecteur» est appelé «effet Papageno», d’après le personnage de l’opéra de Mozart «La flûte enchantée»: craignant d’avoir perdu son amour, Papageno envisage de se suicider “mais il lui est rappelé qu’il dispose d’alternatives au suicide qu’il choisit d’emprunter”.

Bien sûr, les actions de prévention débordent du cadre des médias. «Il y a beaucoup à faire dans le domaine de la fiction, par exemple, mais nous constatons que des photographes, des vidéastes et des auteurs nous contactent pour travailler sur le sujet de manière responsable, c’est encourageant», témoigne Léonore Dupanloup.

Ressources

Ecoute et conseils: la Main Tendue au 143.
Ecoute et conseils pour les jeunes: 147.
Centre d’urgences psychiatriques: 032 755 15 15.
Infos sur stopsuicide.ch.


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