22.12.2018, 08:02

Les contes de Noël de nos lecteurs

chargement
Les contes de Noël de nos lecteurs

Avent Vous êtes plus de cent à nous avoir fait parvenir vos contes de Noël. Découvrez les trois histoires choisies par le jury, composé de membres de la rédaction d’ArcInfo.

Plus de 100 contes de Noël
C’est fou comme une simple phrase peut exalter l’imaginaire. La centaine de contes de Noël rédigés par nos lecteurs le montre bien. Sous leur plume, «Marie était allée chercher un couteau dans la cuisine, mais ce n’était pas pour couper la bûche…» est tour à tour devenu le prélude de fables fantastiques, de récits de science-fiction et même celui d’un conte érotique.
Le jury, composé de membres de la rédaction, a aussi fait la rencontre de nombreuses vieilles dames esseulées, de petites filles rêveuses et de centaines de lutins espiègles. Tant d’histoires qui incarnent toutes à leur manière l’esprit de Noël. Mais il fallait bien désigner des gagnants. Le jury a été séduit par le suspens et l’espoir distillés par le texte de Thierry Stegmüller (Bienne). Dans l’air du temps, le conte co-signé par Mark Grünig et Nadja Birbaumer (Neuchâtel) a fait mouche grâce à son ancrage neuchâtelois et sa trame solide. Enfin, le récit fabuleux, transposé dans nos contrées par Simon Girard (Hauterive), a fait voyager les jurés.
Le jury adresse aussi une mention spéciale à Lucie, 6 ans, et à sa maman, ainsi qu’aux deux classes du collège des Coteaux, de Peseux, pour leur travail. Les gagnants se partagent des bons de 300, 200 et 100 francs à faire valoir chez Nature & Découvertes et Payot Libraire.

1/ La boîte au fond du jardin

Par Thierry Stegmüller, Bienne.

Marie était allée chercher un couteau à la cuisine mais ce n’était pas pour couper la bûche.

Elle devait le faire. Depuis plusieurs mois, son esprit taciturne était occupé à réaliser cet acte. Je dois le faire, se répétait-elle.

Elle mit le couteau dans la poche de son manteau noir corneille. Elle sortit de sa ferme. Une ancienne bâtisse des Petits Cernets, un hameau abandonné depuis belle lurette par l’humain. Elle devait le faire!

Sa ferme était posée dans un no man’s land, telle une lueur d’espoir. On était le 24 décembre. Les bougies alignées sur les rebords des fenêtres offraient un décor onirique, apaisant. On aurait dit une image de pub pour un de ces trips de bobos paumés, vilipendant le temps, aux confins de la Finlande. Les premiers flocons de l’année s’en donnaient à cœur joie, fouettant la bâtisse d’un air singulier.

Au fur à mesure que Marie s’éloignait de sa maison, la nuit s'imposait et la tempête redoublait de rage. Alors, Marie s’enfonça, du haut de ses cinquante printemps, tout doucement dans la forêt de conifères, ces diables géants chavirant à tue-tête. Elle déboucha sur une plaine offerte au vent. Il restait une colline à gravir. Qui me retrouverait ici?, songea-t-elle. A son sommet trônait un sapin gigantesque. On racontait au hameau jadis que ce conifère abritait des trolls matis et des elfes parlant le patois du coin. Pour Marie, ce sapin avait une autre histoire. La sienne. Ce beau monstre, qu’elle appelait Würm tant il semblait millénaire, n’avait pas d’âge. Peut-être deux cents ans. Quatre cents? Ses branches léchaient le sol et, chargées d’histoires pétrifiées, formaient un cercle de protection. Marie passa sous les branches et fit quelques pas. Le tronc lui faisait face. Elle s’adossa à lui, ferma les yeux. Elle tremblait de tout son corps bousculé par la vie. De la buée s’échappait de sa bouche sèche. Doucement, elle sortit le couteau de sa poche.

- Maman, tu l’as fait ? demanda Jules d’une voix fébrile, presque pastorale.

- Oui, répondit Marie.

Jules s’habilla et descendit de son appartement situé à Neuch. Il monta dans sa caisse et traversa le Val-de-Travers. Aux Verrières, il bifurqua sur la route qui menait aux Petits Cernets. Les souvenirs d’enfance lui revenaient: les cabanes dans les arbres avec papa à l’esprit tant délié, le clapotis de l’eau débordant de la cheneau, les soirées de Noël avec maman et papa. Un pur bonheur à trois. Les beaux souvenirs de son enfance passée ici remontaient à la surface, offrant des images de pastels et d’embrassades.

La visibilité était mauvaise sur la route sinueuse. Il neigeait quasi à l’horizontal. Jules adorait ça. Le Jura neuchâtelois dans toute son unicité. Il arriva à la ferme de sa mère, éteignit le moteur, sortit du véhicule et s’arrêta devant le bâtiment. Les bougies étaient bien là, offrant une ambiance tamisée à ce lieu qui l’avait vu naître.

Marie ouvrit la porte, prit son fils dans ses bras, sans mot dire. Elle lui montra le couteau et une petite boîte vide en fer qui, quelques minutes auparavant, était accrochée à une liane de cuir, sur le sapin Würm.

- Je suis fier de toi maman!, balbutia Jules.

Cinq ans plus tôt, jour pour jour, le papa de Jules s’en était allé, emporté par un de ces salauds de cancer qui ne crie pas gare, qui détruit les horizons de ceux qui restent, qui annihile les soirs de Noël. En s’éteignant, le papa de Jules avait offert une petite boîte en fer vide à Marie en lui demandant une dernière faveur: être heureuse sans lui, chercher le bonheur, inonder leur bâtisse de bougies et de livres de poésie, si possible Eluard, revenir un jour sous le sapin pour enlever la boîte de fer avec le couteau qu’ils s’étaient acheté en voyage de noces sur les flancs du volcan Snaeffels, dans un bled en bord de mer inondé de fraîchin. Et remplir un jour cette boîte, quand le deuil aura été trop long, lorsqu’elle aura rencontré quelqu’un pour un bout de vie.

Marie prit Jules dans ses bras.

- Il me manque maman.

- Je sais, répondit Marie.

Ils burent un thé vert du Japon, un Gyokuro, le thé préféré du papa de Jules. On sonna à la porte. Marie se leva, sourit à Jules et lui dit, la voix tremblante :

- Il s’appelle René.

- Je suis prêt maman, j’ai hâte de le rencontrer.

- Moi aussi je suis prête, répondit Marie.

Elle ouvrit la porte. Les bougies, secouées par un appel d’air, firent quelques sauts d’humeur mais restèrent allumées, offrant une ambiance définitivement douce à l’accueillante maison.

2/ Un nouveau départ

Par Mark Grünig et Nadja Birbaumer, Neuchâtel.

"Marie était allée chercher un couteau dans la cuisine, mais ce n’était pas pour couper la bûche. Les mains tremblantes et ensanglantées, son cerveau cherchant à se remémorer des gestes accomplis des milliers de fois, elle courut en direction des cris émanant du salon.

Et dire que quelques heures auparavant, elle était tranquillement en train de siroter un verre de vin chaud sur la place du Coq-d’Inde en compagnie de ses collègues après une journée de travail harassante. L’air vif de début de soirée, les odeurs épicées, les rires et discussions animées fusant de part et d’autres, l’avaient ramenée l’espace d’un instant aux Noëls de son enfance.

Une multitude d’images et de sensations défilait dans sa mémoire: l’attente interminable jusqu’à la veille de Noël, l’odeur piquante du sapin, la lueur vacillante des bougies, la joie et la surprise de découvrir les nombreux cadeaux livrés par le Père Noël, ou plutôt la Mère Noël comme le voulait la tradition féministe de la famille, mais surtout la crèche et cette histoire de naissance improbable qui avait donné à Marie sa vocation, sa profession actuelle.

C’est dans un état proche de la transe, lié sans doute au stress de fin d’année et aux veilles cumulées ces derniers jours, qu’elle avait parcouru le trajet jusqu’au centre-ville. Le sapin illuminé de mille feux au pied de l’administration communale et le spectacle muet se jouant sur la façade décrassée et rajeunie de l’hôtel de ville l’avaient éloignée petit à petit des tracas professionnels et des conversations autour de la complication des procédures administratives, thème favori des discussions de fin journée et source de sempiternelles rancœurs.

Au moment de traverser le passage pour piétons sur le chemin du retour, son œil avait été attiré par une brève lumière vive: c’était la première fois qu’elle remarquait cette illumination à la rue des Terreaux. Une étoile filante. Cette soudaine apparition avait alors rappelé à son esprit léthargique, la phrase lâchée le matin même par son collègue Gabriel: «Tu verras, Marie, cette fin d’année augurera d’un nouveau départ, d’une renaissance!». Cette affirmation n’avait récolté que quelques commentaires désabusés de la part de ses collègues. Elle-même n’avait pas pu s’empêcher de repenser à sa lettre de démission posée sur la table de sa cuisine, finalisée la veille et prête à être remise au service compétent le surlendemain.

De retour dans son immeuble, les cris joyeux et les pas rapides dans les escaliers des trois enfants du couple du 4e, finirent de sortir Marie de sa torpeur. Un sourire s’afficha sur ses lèvres à la pensée que, sous peu, un nouvel individu allait agrandir cette sympathique tribu. Confortablement assise à la table de sa cuisine, un thé chaud à la main, elle reprit pour la dixième fois la lecture de sa lettre de démission.

La sonnerie pressante à sa porte la tira brutalement de sa rêverie. José, d’habitude si calme et effacé contrairement à sa femme Magdalena, semblait comme transfigure: «Marie, il faut que tu viennes tout de suite, vite!» Ne laissant pas à Marie le temps de questionner la raison de cette urgence, elle fut tirée sans ménagement hors de son appartement et menée précipitamment un étage plus haut.

Dans le salon de ses voisins, un spectacle à peine croyable s’affichait à sa vue: Magdalena couchée sur le canapé était entourée de ses trois enfants les bras chargés de cadeaux. Le tableau aurait pu paraître touchant et festif si la vision du sang maculant le revêtement beige du canapé, n’avait automatiquement relancé les réflexes professionnels de Marie. La scène qui s’ensuivit sembla pour Marie à la fois figée dans le temps et particulièrement rapide.

C’est le premier cri de l’enfant qui mit un terme à ce moment intense. Il restait un dernier geste à faire: couper le cordon. Marie se précipita à la cuisine. A côté de la bûche encore entière sur la table se trouvait un couteau. Revenue au salon pour accomplir l’ultime étape, elle fut accueillie par un José et une Magdalena aux yeux brillants et aux joues rosies par l’émotion: «Voici, Maria» lui dirent-ils à l’unisson en lui présentant le bébé qu’elle venait d’aider à mettre au monde.

De retour chez elle, elle repassa en boucle les moments inoubliables qu’elle venait de vivre. Elle constata alors, non sans ironie, que le vent qui s’était engouffré par la fenêtre laissée ouverte avait fait s’envoler un certain courrier."

3/ La reine des Neuchamoi

Par Simon Girard, Hauterive.

"Marie était allée chercher un couteau dans la cuisine, mais ce n’était pas pour couper la bûche. Ce couteau renfermait une clé magique, habilement dissimulée à l’intérieur du manche, avec laquelle elle seule avait accès au monde dont elle était la reine.

La jeune Marie, avec ses beaux yeux bleus et son minois de poupée, faisait la fierté de ses parents. Elle cachait cependant un secret. Elle portait en elle un pays de rêve dont les habitants, les «Neuchamoi», n’avaient d'yeux que pour la délicieuse Marie. Mais ces petits êtres, pas plus grands qu'un bonbon et coiffés de ravissants chapeaux de fleurs d’orchidées, étaient menacés par un vilain personnage, Taxatoi. Des yeux de vipère, un air maléfique, grand comme un ours, ce méchant bonhomme à la mine patibulaire voulait gâcher la fête de Noël du village.

Il faut savoir que pour les Neuchamoi, Noël était le jour le plus important de l’année. La féérie dans le village dépassait de loin tout ce qu’on avait déjà vu. Imaginez un monde où tous les sapins de la forêt voisine seraient décorés de guirlandes lumineuses, où toutes les maisons seraient ornées des plus somptueuses décorations, où des lampadaires de sucre d’orge éclaireraient les rues et où tous les habitants du village seraient parés de leurs plus beaux atours.

Aigri, Taxatoi rêvait plus que jamais de gâcher le Noël des Neuchamoi. Son plan machiavélique consistait à retirer tout esprit de Noël de la tête des habitants du village. Pour réaliser son sinistre projet, il devait s’emparer de l’étoile magique qui surplombait la montagne de Creuvent. C’était la veille de Noël. Taxatoi se mit en route. La neige était tombée en abondance sur toute la région. Il faisait froid. Froid comme l’était le cœur de Taxatoi.

Mais Faki, le chef des Neuchamoi, avait eu vent de ses plans. Sans tarder, il en avertit Marie qui préparait les festivités avec sa maman. Au fil des années, Faki et Marie avaient développé un ingénieux système pour communiquer en secret. Lorsque les Neuchamoi souhaitaient que Marie les rejoigne, ils faisaient clignoter le lampadaire qui se trouvait devant sa maison. Ce qu’ils firent. S’apercevant que les Neuchamoi avaient besoin d’elle, Marie prit le couteau, sortit la clé du manche et ouvrit la porte du monde magique qui se trouvait dissimulé dans le grand chêne du jardin.

Arrivée dans le village, Marie fit bien attention à ne rien renverser, car elle était, dans ce monde-là, une géante. Faki, de sa voix si particulière, prévint Marie du drame qui se profilait. «Marie, notre village est en danger, Taxatoi veut enlever notre esprit de Noël, celui qui brille de mille feux dans l’étoile posée au sommet de Creuvent». Marie, avec sa fougue coutumière et son amour pour les Neuchamoi, n’hésita pas un seul instant à venir prêter main-forte à ses petits amis sans défense. Mais elle n’était pas seule, elle pouvait compter sur Trivap, son cheval ailé, et sur les trois Neuchamoi les plus courageux, Kuki, Chevi et Suchi.

Marie sauta sur Trivap, et se dirigea vers Creuvent. Elle survola Ronland, Tchaux, les vallées de la Zur et s’approcha même du monde perdu de la Frouz. Il fallait se dépêcher car le gardien du temps, Nezit, allait bientôt faire retentir les douze coups de minuit et ouvrir ainsi les festivités de Noël.

Taxatoi était là, à quelques mètres de l’étoile. D’un coup d’aile, Trivap se retrouva au-dessus de lui, mais Taxatoi se défendit furieusement. Kuki, Chevi et Suchi se jetèrent sur lui, glissèrent le long de sa nuque et tirèrent le plus fort possible sur tous les petits cheveux qu’ils pouvaient atteindre. Taxatoi se débattait comme un beau diable et pendant qu’il s’agitait dans tous les sens, Marie sauta de sa monture et lui attacha une immense voile au dos. Elle reprit ses amis et d’un coup, d’un seul, les éléments se déchaînèrent. Un vent puissant emporta le vilain bonhomme qui laissa échapper un cri strident: il doit maintenant se trouver bien au-delà des monts de la Frouz.

C’est à cet instant que résonnèrent les 12 coups de minuit. Noël était arrivé. Marie était redescendue au village pour partager biscuits et chocolat avec les Neuchamoi. Il était temps, pourtant, de repartir chez elle retrouver sa famille pour fêter le plus beau des Noël. Exténuée, Marie s’endormit au salon, devant la cheminée. Par la suite, elle ne sut jamais, malgré tous ses efforts, si elle avait rêvé ou si tout cela s’était bel et bien passé. Mais s’il y a un jour où tout peut se produire, n’est-ce pas celui de Noël ?"


Résumé du jour

Ne ratez plus rien de l'actualité locale !

Abonnez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir toutes les infos essentielles de la journée!

Recevez chaque soir les infos essentielles de la journée !

À lire aussi...

Avent«En avant pour la nouvelle vie»: le conte de Noël de Thomas Sandoz«En avant pour la nouvelle vie»: le conte de Noël de Thomas Sandoz

«En avant pour la nouvelle vie»

Les écrivains Thomas Sandoz, Nicolas Feuz et Odile Cornuz ont écrit pour ArcInfo un conte de Noël commençant par une...

  01.12.2018 10:01
Premium

Avent"Joyeux Noël, mon ange": le conte de Noël de Nicolas Feuz"Joyeux Noël, mon ange": le conte de Noël de Nicolas Feuz

"Joyeux Noël, mon ange"

Les écrivains Thomas Sandoz, Nicolas Feuz et Odile Cornuz ont écrit pour ArcInfo un conte de Noël commençant par une...

  08.12.2018 05:30
Premium

Avent"Chérie  mais oubliée": le conte de Noël d'Odile Cornuz"Chérie  mais oubliée": le conte de Noël d'Odile Cornuz

"Chérie mais oubliée"

Les écrivains Thomas Sandoz, Nicolas Feuz et Odile Cornuz ont écrit pour «ArcInfo» un conte de Noël commençant par une...

  15.12.2018 08:01
Premium

Contes de NoëlUne classe du collège des Coteaux à Peseux a participé à notre concours de contes de NoëlUne classe du collège des Coteaux à Peseux a participé à notre concours de contes de Noël

Top