02.08.2015, 18:56

Le projet «Ailes d'Orado» de Sabine Oppliger restera un projet

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Par MICHAEL BASSIN

Dès demain et pour deux mois, Sabine Oppliger aurait dû s'installer aux Pays-Bas afin de mener son projet «Ailes d'Orado». Mais l'artiste de Cormoret y renonce, sa demande de subvention n'ayant pas été soutenue par la commission culture du CJB.

Tout était ficelé. Durant deux mois, Sabine Oppliger devait explorer cette lumière que l'on dit si particulière aux Pays-Bas, qui plus est en hiver. Deux mois pour investiguer, questionner et, au final, peindre la lumière. Deux mois pour créer depuis la région de La Haye, où l'artiste avait obtenu, après mise au concours, une place aux Ateliers Baztille, à Zoetermeer. Deux mois pour établir des liens entre son objet d'étude (le soleil et le vent) et les énergies vertes. Mais le projet «Ailes d'Orado» demeurera un projet. Car si tout était ficelé artistiquement parlant, cela n'était pas le cas financièrement.

Sabine Oppliger vient en effet de retirer sa demande de subvention, s'élevant à 10 000 francs, faite auprès du Conseil du Jura bernois (CJB) et renonce de facto à son projet. Pourquoi? Parce que la commission cantonale d'experts des arts visuels a préavisé négativement sa requête et que la commission culture du CJB a suivi cet avis. «Les préavis négatifs des deux commissions concernées montrent simplement que ses membres montrent peu de sensibilité par rapport à des projets artistiques innovants qui mettent en jeu un dialogue art et lien social et qui questionnent des sujets d'actualités tels que l'écologie et le développement durable», déplore Sabine Oppliger. Et l'artiste de Cormoret ne voyait pas le plénum du CJB désavouer ces deux commissions et soutenir son projet.

Sans subvention du CJB, Sabine Oppliger peut faire un trait sur d'autres soutiens financiers promis (chiffrés eux aussi à 10 000 francs). «On donne si le CJB donne», avaient affirmé, en substance, des organismes privés ou des collectivités publics. «La grande majorité de cet argent était de l'argent extérieur au Jura bernois et devant être investi pour cette région puisqu'il était destiné à assurer le volet communication, énergies renouvelables, développement durable et, par rebond indirect, pédagogique du projet», précise Sabine Oppliger.

Le refus de la commission culture du CJB de soutenir le projet Ailes d'Orado fait germer chez Sabine Oppliger toute une série de questions sur le rôle de l'institution: «A quoi se rattache une autonomie régionale revendiquée, si pour une décision de ce genre, on obéit à une obscure commission d'expert bernois, n'ayant aucun ancrage dans la réalité régionale? Comment peut-on justifier une telle décision en termes de défense des intérêts de sa région quand on en voit de façon évidente l'impact négatif?», demande-t-elle.

Sabine Oppliger est née à Saint-Imier en 1968. Elle a suivi une formation en arts plastiques à Paris et en sciences à l'université de Genève. Elle est artiste plasticienne professionnelle depuis quatre ans. L'artiste avait obtenu, pour la période courant du 1er novembre au 31 décembre, l'appartement et l'atelier réservés aux artistes étrangers des Ateliers Baztille. C'était la première fois qu'une artiste suisse y était invitée. /MBA

Aux experts de s'exprimer sur le contenu

La section culture du Conseil du Jura bernois est composée de huit membres et est présidée par Jean-René Moeschler. Ce dernier indique qu'un dossier est soumis à la Commission francophone chargée des affaires culturelles générales «dès qu'il s'agit d'un dossier spécialisé et que nous souhaitons avoir un avis sur le contenu».

Selon lui il est normal que, pour ces cas, ce soient des professionnels de la culture et non des politiciens qui décident du soutien financier ou non à un projet. «Finalement, la question est de comprendre ce qu'est un artiste et ce qu'est un projet d'artiste, poursuit-il. Ce n'est pas parce qu'on revendique être un artiste qu'on doit nécessairement obtenir un soutien.

Et un projet sympathique n'en fait pas un projet artistique.» Jean-René Moeschler voit donc en la commission d'experts un gardien de la qualité. Quant à Sabine Oppliger, il estime que l'artiste «doit prendre son mal en patience».

Le président de la section culture rappelle encore que le CJB donne, tous les deux ans, la possibilité aux artistes du Jura bernois de profiter d'un atelier à Bruxelles durant six mois. /mba


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