21.02.2019, 09:57

Le clip d’ados loclois en compétition à Zurich

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La majeure partie des ados victimes de harcèlement (ici, la jeune comédienne Lucie) ne trouve pas d'aide auprès des adultes.

LE LOCLE Les jeunes de la Fondation Sandoz, au Locle, dénoncent le harcèlement dû à l’effet de masse dans un clip. Ce dernier a été sélectionné dans le cadre du Festival Ciné Jeunesse Suisse.

«Le suicide des jeunes a été multiplié par deux dans le canton de Neuchâtel depuis 2011. Les filles sont trois fois plus harcelées que les garçons.» Voix off du film «Harcèle-moi si tu peux», Ophélie, 20 ans, égrène des chiffres qui font souci. Sur la bande-image, des jeunes, morts de rire, filment avec leur téléphone une de leur camarade à terre, rouée de coups. 

«Le harcèlement, chacun d’entre nous, autour de cette table, l’a déjà subi», confient les adolescents du foyer-atelier de la Fondation J. & M. Sandoz, au Locle. Ils ont entre 14 et 20 ans, et nous expliquent ce qui les a motivés à tourner un clip de six minutes sur le sujet du harcèlement. Un travail d’équipe qui leur vaut d’être sélectionnés pour la finale du Festival Ciné Jeunesse Suisse, parmi 24 courts-métrages dans leur catégorie. Leur film sera présenté le 15 mars à Zurich.

 

On n’avait pas envie de parler de super-héros ou de succes stories.
Ophélie, 20 ans, en apprentissage à «la Fonda»

 

Le thème de cette 42e édition était «Puissance, qu’est-ce qui me donne de la force?» «Mais on n’avait pas envie de parler de super-héros ou de success stories, genre le type qui part de rien et qui devient une star du football», explique Ophélie. «Parce que ce qu’on constate, dans notre vie de tous les jours, c’est que la puissance vient du groupe et que, protégés par l’effet de masse, certains en profitent pour commettre des actes violents, avoir le dessus sur des plus faibles ou plus isolés.»

«On a tout fait de A à Z!»

«Parce que les gens sont des moutons…», relève Ambre, 14 ans. Toutes deux font partie de la quinzaine de jeunes, sur les trente que compte l’institution, à avoir participé au tournage. «C’était une expérience géniale! On a tout fait de A à Z, que ce soit en tant que technicien ou acteur, alors qu’on n’avait jamais fait ça avant!», se félicite Rémi, 15 ans.

Loin de tirer la couverture à eux, ils mettent un point d’honneur à souligner le travail des copains, dont celui de Philippe, 17 ans, qui a créé toute la musique du film. Et celui du papa d’Yvanna, leur éducatrice, qui est venu avec son drone. Ou encore la secrétaire qui s’est improvisée maquilleuse.

Derrière ou devant la caméra, ils se sont enthousiasmés pour le projet, et ont fait fi de leur appréhension de départ. «Je ne voulais pas être filmée», explique Patricia, 18 ans, qui s’est retrouvée dans le rôle de la méchante, la harceleuse. Un rôle qu’elle admet avoir aussi endossé dans la vie. «Pour me venger, et aussi défendre mon frère qui subissait les pressions sans réagir.» Ophélie souligne que les filles se font souvent harceler par d’autres filles, «parce que la notion de rivalité est très présente entre femmes».

Pas d’aide du côté des adultes

Tous ont été harcelés, et aucun n’a pu trouver de l’aide auprès des adultes. Certains, comme Rémi, avaient peur de représailles sur leur famille s’ils en parlaient à leurs parents. Les profs? «Inutile. De toute façon, ils voient très bien ce qui se passe», accuse Patricia. «Pour finir, c’est nous qu’on envoie chez le psy, avec des traitements de médocs», ajoute Ambre. Harcelée durant sept ans, dès sa première année d’école, elle confie avoir pensé plusieurs fois au suicide. Coups, insultes sur les réseaux sociaux… «J’ai tenu le coup grâce à mes amis.»

Rémi, qui a très mal vécu son harcèlement, se raccrochait à l’idée que «tout ceci allait bien finir un jour». L’avenir lui a donné raison. On a senti le petit groupe soudé autour de leurs éducateurs Yvanna Fontana et Tiago Domingos. «Cette expérience nous a revalorisés. On a repris confiance en nous. Désormais, on veut être respectés malgré nos différences et le groupe, ça doit aussi servir à changer les choses, à inverser les tendances.» Un film intelligent et touchant.


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