25.02.2019, 16:48

Neuchâtel: un ethnologue consacre un livre aux «squatteurs des bois»

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Antoine Rubin a suivi durant deux ans trois hommes vivant dans la forêt.

Doctorant à l'Université de Neuchâtel, Antoine Rubin a suivi durant deux ans trois hommes vivant dans des cabanes dans la forêt.

Ils vivent toute l’année dans une cabane qu’ils ont eux-mêmes construite dans la forêt, sans électricité, sans eau courante et sans permission officielle. Eux, ce sont ceux que l’ethnologue Antoine Rubin, doctorant à l’Université de Neuchâtel, a appelé les «squatteurs des bois». Pour son Master, le chercheur en a suivi trois durant deux ans. Son travail vient d’être publié sous la forme d’un livre, intitulé: «Et il y a ceux des forêts». 

«Je trouvais fou qu’en Suisse, l’un des pays les plus riches du monde et où les institutions sont très présentes, on puisse vivre dans une cabane», raconte l’ethnologue. C’est que le statut des «squatteurs des bois» est précaire, si bien qu’ils restent dans la mesure du possible discrets. Pour respecter cela, Antoine Rubin ne dévoile pas le lieu où ses trois sujets vivent: «C’est en Suisse romande», indique-t-il seulement.

Méfiance justifiée

Le livre retrace le parcours, le quotidien et les motivations de trois personnes: Max, 43 ans, qui vit entre un studio en ville et une cabane en forêt; Johann, 70 ans, qui loge à l’année dans une tente de camping savamment dissimulée et Björn, 45 ans, passionné de culture celte, qui habite dans un tipi.

Si Antoine Rubin a pu côtoyer les trois hommes de si près, c’est que lui-même vit à l’époque en marge de la société traditionnelle: «De 2011 a fin 2018, j’ai habité dans un squat, en ville», raconte le chercheur. «Je voulais expérimenter cette forme de vie. Cela a sans doute aidé, car les squatteurs des bois font preuve d’une grande méfiance, souvent justifiée. Mais je ne leur ai jamais caché l’objet de mon étude.»

La cabane comme résistance

L’auteur, qui a lui-même beaucoup fréquenté «les milieux libertaires», retrace les raisons qui ont mené ces trois hommes dans les bois. Max, ancien champion de natation, a gagné la forêt pour sortir de sa toxicomanie. Max est tombé dans une dépression lorsque son épouse l’a quitté, ce qui lui a valu de perdre son emploi et de se marginaliser peu à peu. Quant à Björn, le seul des trois qui ne touche ni aide sociale, ni AVS, il s’est petit à petit retiré de la société qu’il ne supportait plus. Aujourd’hui, il se nourrit principalement grâce aux invendus alimentaires qu’il récupère dans les poubelles des supermarchés. 

«Le concept principal qui explique le parcours de ces hommes, c’est la résistance», note Antoine Rubin. D’autant qu’ils passent du statut stigmatisé d’assisté social à celui, beaucoup plus valorisé, d’homme des bois vivant en harmonie avec la nature. Tous le disent: ils ne changeraient de mode de vie pour rien au monde. Et lorsque Johann se blesse au genou et s’en trouve immobilisé pendant plusieurs mois, il refuse obstinément d’aller voir un médecin, de peur qu’on l’empêche de revenir vivre dans sa tente. «Ça me mettait dans un stress pas possible, je m’attendais à le retrouver mort dans sa tente», raconte Antoine Rubin. «Mais il fallait respecter son choix.»

Au fil de ses recherches, Antoine Rubin devient ami avec Björn. Il lui a offert un exemplaire de son livre. «Ça a provoqué chez lui énormément d’émotions fortes. Mais à la fin, il m’a dit qu’il en a été très content.»

A lire

«Et il y a ceux des forêts», coll. Ethnoscope. Présentation de l’ouvrage le jeudi 28 février à 18h à l’institut d’ethnologie, rue St-Nicolas 4, à Neuchâtel

 


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