02.08.2015, 19:45

Federer toutes griffes dehors

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Par MELBOURNE / PIERRE SALINAS

Trop fort pour Stanislas Wawrinka, c'est un Roger Federer conquérant qui défiera, demain, Novak Djokovic en demi-finale de l'Open d'Australie. Le Serbe a un jour pour aiguiser ses passings.

Sur le court central de Melbourne Park, Roger Federer (ATP 2) et Stanislas Wawrinka (ATP 19) ont joué à «chat». Dans le rôle du prédateur, le plus âgé des deux Suisses, toutes griffes dehors. Dans celui de la proie, un Vaudois qui espérait profiter du premier quart de finale 100% suisse en Grand Chelem de l'histoire pour créer la surprise. L'expérience des grands rendez-vous, la «patte» du Bâlois mais aussi l'ascendant psychologique qu'exerce Federer sur son compatriote ont décidé d'une rencontre à sens unique (6-1 6-3 6-3). Après 1h47', la souris Wawrinka était déjà de retour dans son trou...

«J'ai abordé ce match contre Stan différemment de ce qu'ont pu faire Monfils ou Roddick lors des tours précédents», se félicite Federer. «J'ai bien lu son service et pu attaquer ses deuxièmes balles pour écourter les échanges.»

Attaquer: le terme est choisi. En effet, depuis le début de sa collaboration avec l'Américain Paul Annacone, en juillet dernier, le Bâlois est résolument plus offensif. «Après mon élimination à Wimbledon, Paul est venu en Suisse où nous avons bien pu travailler. Mes résultats en sont la preuve (réd: 4 titres pour un bilan de 45 victoires et 4 défaites). La confiance aidant, je prends aussi davantage de risques. Mais ce n'est pas comme si je n'avais fait que pousser la balle jusqu'à aujourd'hui», précise-t-il. «Avec Seve (réd: Severin Lüthi, son deuxième entraîneur), on a toujours su que, un jour ou l'autre, j'allais devoir passer par là: être plus agressif.» Il y a comme de la résignation dans la dernière phrase du Bâlois.

Lorsque, en 1998, il fait ses premiers pas sur le circuit, le jeune «Rodgeur» est un serveur-volleyeur comme il n'y en a plus beaucoup. C'est notamment au filet qu'il signe, trois ans plus tard, le premier de ses exploits, en battant Sampras sur le célèbre gazon londonien. La retraite d'André Agassi marque la fin des «dinosaures». Roger Federer doit partager son bac à sable avec des enfants de son âge. Lleyton Hewitt, Marat Safin, Andy Roddick ou encore David Nalbandian, autant de «contemporains» dont il finit par prendre la mesure. Mais du fond du court, sans même avoir à passer par la case «filet».

Arrive Rafael Nadal, son coup droit giclant et sa couverture de terrain à nulle autre pareille. D'abord simple «terrien», l'Espagnol se transforme vite en un «extraterrestre» capable de gagner sur toutes les surfaces. Federer doit réagir. Il le fait tardivement au goût de certains. «Parce que ça marche, pourquoi changer? Parfois, le succès engendre un certain confort», avoue-t-il. «J'ai toujours essayé d'emprunter des chemins différents. Mais ça ne réussit pas toujours.»

«Parce qu'il défend bien et qu'il est parfaitement préparé physiquement, Roger Federer a longtemps été le plus fort du fond du court», ajoute Paul Annacone. «On ne peut pas lui reprocher d'avoir continué dans cette filière, puisque les résultats étaient au bout. C'est un homme orgueilleux qui a longtemps voulu s'étalonner sur les points forts de ses adversaires, Rafael Nadal y compris. On peut le regretter. Mais on ne doit surtout pas le condamner pour ça.»

Aujourd'hui, Federer est plus conquérant que jamais. Novak Djokovic (ATP 3) est prévenu. Avant la demi-finale de demain (dans la matinée en Suisse), il reste un jour au Serbe pour aiguiser ses passings. /PSA

Wawrinka s'est senti impuissant

«Il a juste joué trop bien Plus que de la déception, c'est un sentiment d'impuissance qui se dégage du discours de Stanislas Wawrinka (ATP 19). Battu 6-1 6-3 6-3 par Roger Federer (ATP 2), le Vaudois de 26 ans ne s'est octroyé qu'une seule balle de break, qu'il a mal négociée en sortant un revers à 3 partout dans la deuxième manche. Si ce duel «made in Switzerland» n'a pas tenu ses promesses, Wawrinka quitte néanmoins Melbourne la tête haute, avec 360 points ATP dans son escarcelle. Selon les prédictions, il devrait occuper la quinzième voire même la quatorzième place mondiale lundi prochain.

Stanislas Wawrinka, avez-vous bien dormi la nuit précédant la rencontre?

J'ai dormi normalement: peu mais suffisamment. Je ne pense pas qu'on puisse mettre cette défaite sur le compte de la nervosité. Mon début de match n'a pas été à la hauteur de mes espérances, mais il a juste joué trop bien. Il avait une réponse à tout ce que je lui proposais! J'ai bien essayé de changer 2-3 trucs, mais c'était peine perdue.

Faites-vous un complexe Federer?

Je fais peut-être un petit blocage, mais qui n'en fait pas face à «Rodgeur»? Quand il produit son meilleur tennis, cela devient difficile pour tout le monde.

Mais n'est-ce pas agaçant d'être sans cesse relégué au second plan?

«Rodgeur» a tellement dominé le tennis qu'il a l'ascendant sur bon nombre de joueurs. Lorsque je suis arrivé sur le circuit, il était déjà là. J'ai toujours été le No 2. Je ne suis pas jaloux ni quoi que ce soit. Je me dis au contraire que j'ai de la chance de côtoyer le meilleur joueur de tous les temps. /psa

Opposition de styles

Comme Roger Federer quelques heures plus tôt, Novak Djokovic (ATP 4) a fait étalage de tout son talent, hier. Vainqueur à Melbourne en 2008, son seul titre du Grand Chelem à ce jour, le Serbe a dominé le Tchèque Tomas Berdych (ATP 6) en trois petits sets (6-1 7-6 6-1), alors même que ce quart de finale pouvait logiquement être considéré comme le plus indécis. «Je suis le premier surpris d'être aussi en forme, car depuis la finale de la Coupe Davis, les réceptions se sont enchaînées et je n'ai eu que deux semaines de vacances. Et encore, mettez vacances entre guillemets. Le bon côté, c'est que j'ai puisé dans cette victoire beaucoup de confiance», soupire Djokovic, qui avait battu Federer en demi-finale du dernier US Open. «Cela ne fait pas de moi le favori!», rétorque le Serbe. «Roger est un joueur très agressif, sans doute le plus agressif du circuit. Avec lui, tu dois être à 100% dès la première balle, car il démarre au quart de tour.»

Les deux hommes n'ont plus de secret l'un pour l'autre. Ne se sont-ils pas déjà affrontés à 19 reprises (13-6 pour Federer)? «C'est un excellent athlète, particulièrement efficace en défense», estime le Bâlois. «Son jeu de jambes est l'un des meilleurs.» L'opposition de styles, demain, n'en sera que plus belle. /psa

Un coup d'avance

ET AUSSIE - PAR PIERRE SALINAS

Yannick Noah en revendique la paternité, mais il n'est encore inventorié dans aucun manuel. Le «tweener», ou passing entre les jambes, est pourtant devenu un coup récurrent du tennis moderne. Dans le répertoire de Roger Federer en tout cas, dont la raquette n'a pas d'égale pour s'extirper des situations les plus délicates.

Hier, le Bâlois a tenté et réussi un nouveau geste d'exception. S'il ne fut pas gagnant, il n'en fut pas moins admirable. Car en sprintant dos à son adversaire pour récupérer la balle, Federer n'a pas seulement pensé à se placer: il a trouvé le temps de réfléchir à la trajectoire qu'il allait lui donner. «Quand j'ai affronté Stan à Stockholm, l'automne dernier, j'avais déjà tenté le même truc. Stan s'était approché très près du filet pour fermer les angles et il a eu une volée facile à jouer», explique le No 2 mondial, qui n'est pas homme à répéter deux fois les mêmes erreurs. «Cette fois-ci, au lieu de frapper un coup tendu, j'ai donc opté pour un lob.»

La petite histoire retiendra que Wawrinka a remporté l'échange. La grande, elle, n'oubliera jamais que Federer a toujours eu un coup d'avance.

Open d'Australie

Melbourne.1er tournoi du Grand Chelem (25 millions de francs/dur).

Quarts de finale du simple messieurs:
Roger Federer (S/2) bat Stanislas Wawrinka (S/19) 6-1 6-3 6-3. Novak Djokovic (Ser/3) bat Tomas Berdych (Tch/6) 6-1 7-6 (7/5) 6-1.

Quarts de finale du simple dames:
Caroline Wozniacki (Da/1) bat Francesca Schiavone (It/6) 6-3 3-6 6-3. Na Li (Chine/9) bat Andrea Petkovic (All/30) 6-2 6-4.


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