21.12.2010, 12:04

«Le pire serait une baisse de qualité sans baisse de prix»

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Par BERNE / CHRISTIANE IMSAND

La FRC n'est pas encore prête à condamner le cassis de Dijon, mais elle redoute une basse de la qualité sans baisse des prix. Le point avec Mathieu Fleury.

Jambon autrichien gorgé d'eau, sirop français peu fruité, cidre danois contenant 85% d'eau, limonade italienne à la taurine: depuis le 1er juillet dernier, la Suisse applique le principe du «cassis de Dijon» qui permet de commercialiser des produits européens non conformes aux prescriptions helvétiques. Le but est de favoriser une baisse des prix, mais les consommateurs redoutent une baisse de la qualité et les paysans s'inquiètent de cette pression concurrentielle accrue. La Fédération romande des consommateurs (FRC) ne condamne pas pour autant le système. Elle se contente pour l'instant d'exiger davantage de transparence. Secrétaire général de la FRC, Mathieu Fleury s'en explique.

La FRC était une fervente partisane du principe du cassis de Dijon. Est-ce que vous faites partie des déçus?

Cela ne fait que six mois que ce système a été introduit. Il serait prématuré de chercher à en tirer un bilan définitif. Nous avons néanmoins des sujets d'inquiétude. On peut aujourd'hui vendre deux produits différents sous le même nom. L'exemple du jambon est le plus marquant. Le consommateur n'est pas en mesure de différencier les produits qui sont sur le marché. Cela entraîne un risque de tromperie évident.

Vous vous référez au jambon autrichien qui n'a pas la même proportion d'eau que son homologue suisse. La situation n'est-elle pas plus claire pour d'autres produits?

Effectivement. Prenons le cas du sirop. Depuis le 1er juillet, il est possible de vendre en Suisse du sirop français qui contient seulement 10% de fruits alors que la norme suisse est de 30%. Mais la teneur en fruit doit être indiquée sur l'emballage. C'est un critère précis sur lequel le consommateur peut se baser pour faire son choix. Pour éviter tout risque de tromperie, il faudrait cependant que le processus soit plus transparent. Un producteur de sirop suisse peut aujourd'hui vendre du sirop correspondant aux normes françaises. Le consommateur ne s'y retrouve pas.

Pour préserver la qualité des produits, le directeur de l'Union suisse des paysans Jacques Bourgeois propose d'exclure les denrées alimentaires du cassis de Dijon. Qu'en pensez-vous?

L'alimentation a toujours un caractère émotionnel. Notre base est sensible au risque de tromperie et je me félicite que l'initiative parlementaire de Jacques Bourgeois nous donne l'occasion de discuter de cette problématique. Je pense cependant qu'il ne faut pas dramatiser la situation car le champ des produits concernés est limité. L'essentiel est que le consommateur puisse faire son choix en connaissance de cause. Libre à lui de payer moins cher un produit de moindre qualité. Le scénario catastrophe serait une baisse générale de la qualité sans baisse de prix.

Le but était de lutter contre l'îlot de cherté de la Suisse. Où en est-on?

Patience! Nous avons constitué avec le Secrétariat à l'économie un panier de produits comparables en Suisse et dans divers pays européens. Un premier bilan sera tiré dans quelques mois. Je ne m'attends pas à des résultats extraordinaires. Il faudrait aussi que les prix tiennent davantage compte des fluctuations de l'euro. Ce n'est pas juste qu'ils reposent seulement sur le pouvoir d'achat des Suisses. /CIM

Candidats sous la loupe

Les associations de défense des consommateurs des trois régions linguistiques de Suisse ont constitué l'été dernier une Alliance destinée à renforcer leur impact. C'est ensemble qu'elles ont présenté hier leurs objectifs. Approche des élections fédérales oblige, elles ont notamment l'intention de sonder les candidats des différents partis afin de valoriser ceux qui sont le plus sensible à la protection des consommateurs.

Par ailleurs, l'Alliance entend partir en guerre contre le juteux business publicitaires qui vise les jeunes et les enfants. «Des études de l'OMS mettent en évidence le lien entre le surpoids des jeunes et leur exposition à la publicité». Concrètement, la publicité télévisée des trois régions du pays sera analysée pour définir la part consacrée aux denrées alimentaires, aux produits pour les enfants et aux aspects liés à la santé. L'Alliance estime «problématique que des aliments consommés principalement par des enfants et des jeunes fassent l'objet d'un marketing basé sur des allégations de Santé alors que leur composition ne leur permet pas d'entrer dans la catégorie des produits sains». /cim


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