21.09.2019, 08:00

Etienne Krähenbühl, l’artiste qui fait rimer plastique et esthétique

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Etienne Krähenbühl devant quelques-unes des estampes "plastiques" exposées à Yverdon.

Yverdon-les-Bains Durant un an, le sculpteur et graveur Etienne Krähenbühl a produit deux estampes par jour, à partir des plastiques de sa consommation quotidienne. Une démarche artistique et un acte citoyen, à découvrir au Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains.

L’artiste est rarement là où on l’attend et ne se laisse pas enfermer dans des cases. D’Etienne Krähenbühl, sculpteur né en 1953 à Vevey et travaillant depuis des années dans un atelier de l’ancienne usine Leclanché à Yverdon, on connaissait surtout ses constructions métalliques défiant les lois de la physique. Mais voilà qu’on le découvre graveur donnant vie et couleurs à une matière a priori peu artistique: le plastique. Il expose 730 estampes, fruit d’un travail acharné durant un an, au Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-Bains. Une quête artistique qui est aussi un acte militant face au gaspillage d’un matériau envahissant.

Empreintes de tôle

«Plastiques» – c’est ainsi que l’artiste a appelé sobrement son travail – porte sur une période allant de septembre 2017 à septembre 2018. Mais sa genèse remonte à bien plus loin. «J’ai commencé la gravure dans l’atelier de Raymond Meyer, à Lutry, il y a une dizaine d’années», explique Etienne Krähenbühl. «Je gravais des empreintes de tôles de métal que je choisissais en fonction des traces du temps. Mon travail est toujours un peu axé sur le temps, celui qu’il fait et celui qui passe…»  Un jour, par curiosité, il imprime un plastique resté sur une tôle.

Palette de couleurs

Le résultat, «esthétiquement étonnant», l’incite à poursuivre, à apprendre à connaître ce matériau pour mieux l’apprivoiser. Il multiplie les essais. Parallèlement, il s’initie aux pigments avec Raymond Meyer, ce qui lui permet de préparer ses encres et d’élaborer sa palette de couleurs. Au fil des mois s’insinue aussi dans son esprit l’interrogation quant à l’état de la planète. «Un jour, ça m’a fait tilt; je me suis dit: ‘notre terre est emballée de plastique’.»

«Un jour, ça m’a fait tilt, je me suis dit: ‘notre terre est emballée de plastique’.»
Etienne Krähenbühl, sculpteur et graveur

Il met ensuite environ six mois pour établir le protocole et définir tous les paramètres de l’opération. Car notre homme aime associer une dimension scientifique à sa démarche artistique. Pour ses travaux sur le métal, il a longtemps collaboré avec Rolf Gotthardt, de l’EPFL, spécialiste des alliages. Ici, il a fait la connaissance de Rudy Koopmans, mondialement connu pour ses recherches sur les plastiques et enseignant à Fribourg. Avec lui, il a en tout cas en chantier deux ouvrages, dont un documentant son travail de tous les jours, enrichi de ses réflexions.

Deux gravures par jour

On y apprendra ainsi, comme lorsqu’on parcourt les 300 m2 de l’exposition yverdonnoise, qu’Etienne Krähenbühl s’est appliqué à réaliser deux gravures par jour, sur carton, à partir des emballages de sa consommation alimentaire quotidienne. On y devine des bouteilles d’eau, des gobelets, des sachets, des contenants familiers, tels qu’on les trouve en grandes surfaces, tout cela écrasé, déformé, voire transfiguré par l’impression. Les couleurs? Liées à la température. D’un côté, la température du matin; de l’autre, celle de la journée. Dominantes bleues pour le froid, jaune, orange puis franchement rouge lorsque le chaud prend le dessus.

A Yverdon, l’exposition est à voir jusqu’au 20 octobre. Et ensuite? «J’ai des contacts avec des ONG et des centres artistiques. Mais il n’y a pas urgence; il faut prendre le temps, bien construire l’événement. Vous savez, j’ai peu de chances de vendre cette oeuvre, qui constitue un tout. Alors je la considère comme un acte artistique sans concession, mais aussi comme un acte citoyen.»

Ecolo-responsable de la vieille école

Artistique ou militante, la démarche d’Etienne Krähenbühl? «Les deux. J’ai toujours dit que je n’étais pas un écolo militant, mais que j’ai été de tout temps responsable. De la vieille école, celle qui éteint la lumière en sortant.»

S’il aime créer avec peu et qu’il est du genre à beaucoup récupérer, il reconnaît que la récupération du plastique est une question «compliquée à gérer». «C’est tellement plus simple de tout jeter et de refaire», soupire-t-il. Résultat: on produit dans le monde 500 milliards de bouteilles en PET par an. «Rendez-vous compte, ça en  fait 16’000 par seconde!»

Toucher tout le monde

En rendant compte de sa propre consommation, l’artiste vaudois a surtout voulu mettre l’accent sur la quantité, sur les excès. Sans agressivité et sans le côté «trash». Pas de photos de poissons morts ou d’oiseaux s’étouffant sous des détritus. Des ateliers, des conférences, des activités avec les enfants entourent l’exposition, «qui peut vraiment toucher tout le monde». Et qui, espère-t-il, débouchera sur une prise de conscience «qu’on ne pourra plus vivre comme avant».

Lui, en tout cas, essaie d’adapter son comportement, en mangeant et s’approvisionnant local, en cultivant son potager. «Mais les solutions peuvent aussi créer des problèmes. Tout fabriquer en verre, en lieu et place du plastique, cela coûtera beaucoup trop cher, y compris pour son transport.»

Même si, à sa modeste échelle, il préfère emporter deux bouteilles en verre régulièrement remplies, lorsqu’il quitte son domicile de La Sarraz pour son atelier d’Yverdon, plutôt que d’acheter son eau en packs de six, sous film plastique…


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